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LENT TERREMENT

Chroniques des victoires de l'abandon

06 janvier 2009

Limite d'incompétence ?

Je n'avais jusqu'ici jamais eu de difficultés à l'école... J'ai navigé tranquille sans rien faire de spécial, pas plus que les devoirs qu'on me demandait, et pas toujours les leçons jusqu'à la fin du collège. Facilement, je suis passée dans la classe supérieure. Je n'ai vraiment commencé à travailler qu'en licence, après avoir passé cinq années aux Beaux-Arts, c'est-à-dire que j'ai lu les livres qu'on me demandait de lire. A ce moment-là, j'avais déjà 22 ans passés et un bac plus cinq en poche : ça met du plomb dans l'aile... Tout s'est finalement bien passé, et même si la peur que j'avais de me confronter à l'épreuve de la dissertation m'avait presque conduite à abandonner la licence (j'ai arrêté quinze jours en décembre), et que j'ai dû rédiger mon partiel accroupie par terre dans le couloir de la fac, tellement la situation m'angoissait et que je n'ai eu le temps d'écrire que trois des cinq parties que mon plan prévoyait, j'ai fini pas avoir la note de 15/20 pour cette première dissertation dans ma vie.

J'ai toujours eu peur de ne pas être à la hauteur de ce qui était attendu. Quand j'ai réussi quelque chose jusqu'ici, ça a souvent été un peu par hasard, avec le sentiment constant d'être à côté de la plaque. Mes réussites m'ont tout autant surprise que mes échecs... et je ne me les explique pas... je les considère encore, bien des années plus tard avec étonnement.

Je suis obsédée par l'impression de ne rien comprendre, en général, dans la vie, dans l'évidence, chez les gens. Comme je suis à présent parvenue à la "maturité", je renonce à comprendre quoi que ce soit à ce niveau-là, je ne fais plus que des hypothèses, et je les conserve compossibles tant qu'elles ne sont pas invalidées par les faits.

Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être arrivée à ma limite d'incompétence. Je n'ai pas forcément plus de difficultés que d'autres aux études, mais je vis très mal mes échecs... Passer plusieurs heures à tenter de résoudre un exercice, ça me donne de moi l'image de quelqu'un de débile... Comment me faire ensuite confiance à moi-même en terme de compétences intellectuelles ? Comment penser que je puisse dans trois ans faire un tel métier, alors que j'ai déjà du mal à résoudre les problèmes du niveau bac à sable ? Hier, j'ai pleuré sur ma bêtise et ma naïveté, camouflée sous le bruit de l'eau en me lavant les cheveux... ça a dû me faire du bien de lâcher un peu de pression, parce qu'ensuite je me suis attaquée à un exercice sur les ordres de grandeurs entre les bases 2 et 10, et je n'ai pas trop souffert en y travaillant... Ce matin j'ai peur de m'y remettre, je retarde le moment en écrivant, mais je vais encore essayer une journée. Au moins, ne pas abandonner trop vite... on ne sait jamais, c'est peut-être juste une mauvaise passe...

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05 janvier 2009

Le cerveau ramolli

Depuis que j'ai recommencé mes "études" je déprime sérieusement. Je remarque qu'il me faut un temps infini pour faire le moindre petit exercice. Quand ça implique des maths, je me dis que c'est normal, vu que je n'en ai pas fait depuis 19 ans, et que je n'ai plus beaucoup de neurones qui sont chargés de ça... Mais quand c'est de l'anglais, qui me pose beaucoup moins de problèmes de compréhension ou de manipulation, ça commence à m'inquièter beaucoup plus. Du coup, comme je mets 15 ans à faire chaque truc, je passe mes journées entières à bosser pour la fac, sans pour autant réussir à rattraper mon retard sur le programme. Hier, j'ai encore passé la journée entière sur 3 exercices de programmation Python dont aucun n'a été résolu pour finir... Je me suis couchée en pensant à me faire embaucher dans un fast-food local... ou un autre boulot intellectuellement pas trop dur.... Ce matin, levée à la nuit noire, je rallume l'ordi... mais je crois de moins en moins à mes capacités/possibilités de réussite dans ce domaine... je m'obstine par habitude, et aussi parce que comme c'était déjà un plan B, je ne sais pas quoi faire d'autre... Certains m'admirent "Reprendre les études à ton âge, tout le monde dit que ce n'est pas facile" (pas encore 40 ans, c'est encore jeune pour la vie, mais c'est trop vieux pour les études, tout est relatif), mais ça me fait une belle jambe et en attendant je galère grave... J'ai plus que du mou dans le cerveau, c'est plus comme avant : le temps joue à présent contre moi et je suis devenue intellectuellement si lente que ça fait peur pour la suite...

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02 janvier 2009

Meilleurs vœux et bonne santé

2009, déjà. Résumé rapide de la fin 2008 : hospitalisation début septembre (étiquette humiliante), la fin du mois et tout octobre dans le gaz total des médicaments, je ne me souviens de rien d'autre que de lectures sur l'histoire des mathématiques et des exercices des annales du brevet des collèges. En novembre, attente désespérée d'une carte d'étudiant en informatique par retour de courrier : elle n'arrive qu'à la fin du mois. Depuis, je travaille chaque jour d'arrache pied et je n'arrive pas à trouver le temps de faire autre chose. Je doute de mes possibilités de réussite... Je suis devenue trop lente pour m'en sortir (ai-je des dommages cérébraux ou suis-je juste trop vieille pour les études ?)... 

J'ai obtenu un congé longue durée jusque fin février et j'ai fait une demande de poste adapté pour la rentrée de septembre 2009. Une chance sur deux pour le poste me dit-on, mais aujourd'hui, je me dis que si je l'obtiens, je ne pourrais pas continuer la formation à distance...

Je me tape une séance de psy chaque semaine et j'ai horreur de ça. J'y vais à reculons car ça ne m'aide en rien. Les jugements inavoués de cette femme me glacent... Rien n'avance dans ces séances : je perds mon temps et elle me ruine le moral... Heureusement, ces deux dernières semaines elle était en congé et c'est à moi que ça a fait des vacances...

J'attends avec impatience mon rendez-vous de la mi-janvier chez l'ORL : ça fait maintenant presque six mois que j'ai des problèmes de "crachats" (en fait, quelque chose coince dans ma fosse nasale gauche et les mucosités sont si épaisses que j'ai du mal à cracher pour me libérer...).

Allez, j'arrête les plaintes pour aujourd'hui et au boulot maintenant, j'ai du pain sur la planche...

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01 septembre 2008

Peut-on choisir la couleur de son étiquette ?

Je suis au croisement des chemins. Je vais pouvoir enfin changer de niveau dans le jeu de la vie. Le seul problème, c'est en me résignant à demander l'aide de la médecine, je me suis approchée dangereusement d'une limite... La principale compétence du médecin, c'est la sémiologie. Il est une banque de données de symptômes ordonnées par catégories de pathologies. Il est en mesure d'établir un diagnostic. Donc de donner un nom à un ensemble de faits incompréhensibles. C'est ce qu'on veut. Trouver la formule qui va nous permettre de débuter un protocole de traitement pour résoudre ou réduire les difficultés éprouvées. C'est malheureusement aussi une étiquette que le médecin nous colle sur le front, et avec laquelle nous sommes forcés d'adhérer, sous peine de tuer dans l'œuf toutes nos chances de réussite... Faut ce qu'il faut. Reconnaître d'abord le problème (il y a), sinon, pas moyen de l'identifier... donc sans défense devant l'inconnu qui nous menace, et bientôt le chaos : un enfer... J'ai un problème : affirmatif. Nature ? Rhizome-type. Envahissant dedans. Prends trop de temps à s'exposer... je suis obligée de faire des raccourcis, et personne ne comprend rien à ce que je dis. Jour A : la pharmacienne me prend pour une folle, elle me conseille de me faire hospitaliser dix jours, que là-bas ils me feront une piqûre et que j'irais vite mieux (quand même !), avec un détour par un sale jeu d'auto-satisfaction-narcissique : vous n'avez pas de culture médicale, vous n'y pouvez rien comprendre, retournez voir votre médecin, et faites-vous "voir" aussi par "quelqu"un d'autre", vous savez, les médicaments ne peuvent rien sans un accompagnement psychologique ! OK : je suis une pauvre malade angoissée, donc, je ne suis pas une "vraie" malade, mais une malade "mentale"... Cool. Super cool. Le toubib, le lendemain : deuxième injection du vaccin : devient tout rouge et me "gronde" paternellement (fausse colère pour me "recanalyser" genre "tu débloque ma petite, ressaisis-toi ! Tu vois, je me fâche tout rouge, et je dois utiliser ma grosse voix impérieuse pour te faire entendre raison, ça suffit ! Je déteste tout simplement, je me sens dans une situation d'injustice flagrante : couperet du jugement sans me laisser aller au bout de l'exposition de l'enchaînement des faits qui m'ont amenés à demander de l'aide ! Merde. Je suis totalement allergique à l'idée de devoir continuer à vivre en devant accepter que finalement, je suis bien cinglée... Il faut que je trouve autre chose. Il y a forcément un moyen pour que je puisse être en mesure de "changer de peau", comme on s'achète une belle robe pour séduire à nouveau après avoir fait le deuil d'une rupture. Maintenant qu'il y a une majorité de gens parmi ceux que je "rencontre" qui semblent être d'accord pour me trouver ultra-angoissée et hyper-tout (curieuse, sensible, pessimiste, chiante, bavarde, naïve, etc.) voire manipulatrice, froide (le cœur ne commande pas la raison, sauf dérèglement... du thermostat) et excentrique... Une fille pas-pareil. Justement, c'est le problème. Pas pareil que ce qu'ils croient eux, les membres du corps médical, je n'exagère pas les faits : je fais de l'humour pour orienter leur interprétation un peu plus légèrement — si j'arrive à en parler, c'est que j'ai déjà fait un peu le tour, je peux aussi prendre un peu le temps d'y mettre "les formes". Mais il faut toujours que j'en fasse trop, et du coup, il n'a pas grand monde qui comprend ce que j'essaye de faire ou qui reconnaît ce que je tente de définir ou de cerner... Il faut que je trouve un nouveau point de vue sur moi-même, que je me re-définisse pour m'offrir une nouvelle naissance symbolique. J'en ai marre de ce niveau de jeu, je ne comprends rien et je n'arrête pas de perdre. J'en envie d'essayer autre chose. Je n'ai pas d'amis assez proches pour me percevoir différer... J'ai la possibilité de changer de mode d'observation de moi-même, de créer un nouvel utilisateur, appartenant à une classe dans laquelle on s'accorde des autorisations, pas à celle où on les demandes à des gardiens de prison qui pensent : interdit ! Ion ou Particule ? Malade mental ou ... ? Début d'enquête... quête d'ego-ouste ! (sic) "JE EST UN AUTRE" a dit Rimbaud, dont l'œuvre épistolaire m' a apporté plus que sa poésie... sacrée leçon que la poésie la plus fine ne vaut pas un troupeau et un lopin de terre, des amis... et qu'à la fin, affaibli par la maladie, c'est chez les siens dont il avait fait des "lointains", qu'il vient livrer son corps agonisant, perdant son intégrité... Qui peut encore vous aider quand vous n'avez plus assez d'axes pour définir le champ de votre existence ? Rimbaud, amputé d'une jambe, n'ira plus nulle part sans un soutien extérieur, puis il va mourir. Les seuls qui nous aiment assez pour faire ce sacrifice d'eux-mêmes, ce sont ceux qui se sentent en partie responsable de ce que notre vie nous a apporté comme épreuves, et qui sont encore motivés pour agir en fonction... à la recherche de leur propre pardon intérieur... ils leur est essentiel de vous soutenir jusqu'à la fin... jusqu'au bout... Ce sont les deux axes qui ont défini le champ de votre existence, les "parents" qui sont votre origine, et dont vous êtes la descendance, c'est-à-dire la fin...


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Avant le début, le doute était déjà là

Je n'ai jamais su comment m'y prendre dans la vie, j'ai toujours eu du mal à manœuvrer la machine corporelle. Dans le ventre de ma mère, j'ai cherché un moment à trouver la sortie, et des mes remises en causes périodiques, j'ai bien failli tout faire rater... Je me suis finalement retrouvée dehors en plein hiver, le cordon ombilical entouré trois fois autour du cou — je n'ai pas d'info sur la couleur ni l'odeur — à l'heure du déjeuner : de quoi vous couper direct l'appétit. Dur coup pour les parents, qui ont du mal à croire assez fort à la viabilité du bébé, et le baptise le lendemain, dans la chapelle de la maternité, sous la pression bigote des grand-mères. Détail technique de l'affaire : la marraine n'est autre que la sœur cadette de la jeune maman, qui se suicidera peu après, et dont le deuil sera si difficile à ma mère... Info plus récente mais stupéfiante, qui bouleverse totalement les données du problème : ce deuil impossible qui empêchera ma mère à mon endroit, sur le plan émotionnel, ne peut plus être compris de la même manière lorsqu'on apprend que cette sœur chérie battait son aînée... au point que des bleus, des griffures, que sais-je encore, étaient parfois visibles sur ses bras... Perplexité profonde... Mystère du cœur humain.

Ma mère se voulait éducatrice, et elle relevait régulièrement les traces des différentes étapes remarquables de l'évolution de sa progéniture. C'est grâce à cette volonté qu'elle a mise en œuvre de nous donner accès à un résumé schématique et orienté selon ses centres d'intérêts à elle, que je sais aujourd'hui quel est le premier mot que j'ai prononcé : "mumière". J'ai toujours buté sur la première marche... je fais toujours erreur sur la nature de la clé : une lettre trop loin dans l'alphabet, pour commencer... Mais pour choisir de contraindre ses muscles pour dire ça, il faut déjà qu'il y ait un problème... Les enfants disent assez souvent "maman" ou "papa", un son structuré qui tend vers une de ces formes... Ce qui nous pousse à parler (à tenter d'utiliser le son comme un code), c'est un désir — et c'est cool — ou un besoin — c'est moins sympa… Ma fille avait choisi "papa" mais comme il n'a pas répondu à ses appels, lorsqu'elle l'appelait dans la rue lorsque nous le croisions par hasard, après la séparation de corps, elle a arrêté de le dire, a appris à dire "maman". Ensuite, c'est resté bloqué là jusqu'à son entrée à l'école maternelle, vers 2 ans et 4 mois... Un mot est une formule magique : il a un pouvoir. Le mot est un "truc" qui aide à faire exister, non pas une chose, mais un état, c'est-à-dire une actualité de cette chose (dans l'espace et le temps proches), sa présence. On dit qu'on "appelle" quelque chose ou quelqu'un, cette actualisation de la chose peut être faite dans quatre dimensions, au moins : dans la réalité (territoire axiomatique de notre consensus d'accord sur l'état de notre connaissance du monde dans lequel nous croyons évoluer), dans la virtualité (le temps éternel qui conserve en réserve un sens fléché, un jeu de piste dans lequel nous pouvons facilement nous retrouver en arrière ou nous projeter en avant sans pour autant quitter totalement le présent, sauf...), dans le symbolique (l'écho renvoyé déformé et répété à l'infini des erreurs : les emballages cadeaux qui cachent misère) et dans le spirituel (auquel on arrive forcément après avoir TOUT essayé dans les autres...). Et voilà je peux maintenant revenir à mon propos : premier mot "lumière", mal prononcé avec un rapport d'erreur 1/26. J'avais peur du noir. J'ai "flippé ma mère" dés le début on dirait (comme disent certains)... Légende maternelle (je ne m'en souviens pas, mais j'en ai entendu parler une paire de fois) : petite, je dessinais des soleils noirs. Ça a fait très peur à mes parents, mais je ne comprends toujours pas pourquoi.

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30 août 2008

L'âme et la citoyenne

Chacun de mes parents, malgré leur volonté commune de faire corps devant moi en tant que système éducatif cohérent, avait en secret un autre but, distinct de celui sur lequel ils s'étaient mis d'accord. Ma mère rêvait de faire de moi une fille bien élevée, qui saurait bien se tenir en société. Elle savait que mon comportement social serait compris comme une conséquence de son éducation, et souffrait le martyre chaque fois que j'omettais de remercier ou de saluer quelqu'un. Il est vrai que j'ai été difficile à élever sur ce plan... mais j'avais aussi l'exemple de mon père qui ne se pliait pas aux mêmes codes de comportement social. Les activités de filles de bonne famille me plaisaient-elles moins parce que c'était elle qui me les imposaient ? N'ai-je demandé une boite à outils miniature pour mes six ans que pour me donner l'occasion de passer plus de temps avec mon père, en le rejoignant sur son terrain ?

Mon père plaçait la vérité des faits au-dessus de tout autre chose. La relativité était dans son esprit depuis toujours. Il cherchait la lumière, à son niveau, dans la recherche scientifique. Il ne s'attendait pas trouver la réponse à sa question principale au cours de sa vie, mais il n'avait pas d'autre but que de travailler sans relâche à son propre salut en faisant progresser la connaissance globale de l'être humain, sans condition de morale locale ni d'intérêts financiers... Il travaille pour l'Etat, parce qu'il n'y a pas d'abstraction plus haute à laquelle se rallier dans son univers... mais il ne fait pas là ce qu'il veut : juste ce qu'on lui demande. Et comme il ne sait pas faire une chose à moitié, il y met toute son énergie, et est récompensé de ses efforts par une certaine frustration. Du coup il se plaint de ce qui le fait chier sans arrêt, pour décompresser, et tout le monde autour en prend plein les dents... Il est particulièrement généreux, et dés qu'il est mis au courant d'un problème que vous rencontrez, il se met en quatre pour vous aider, sans rechigner ni à l'effort ni à la dépense. Mais si vous ne réussissez pas à rebondir et à trouver la solution de vos ennuis grâce à son coup de pouce, alors il s'en veut de n'avoir pas réussi à vous aider... et pour se soulager de son échec personnel, il vous renvoie la facture au visage en dressant le détail de la liste de ce que lui a coûté à lui votre problème : il ne cherche qu'à prouver qu'il a fait tout ce qui été en son pouvoir pour vous aider, et qu'il ne peut pas plus, que tout est dans vos mains à vous, ou dans celles de quelqu'un d'autre. Il veut juste éviter qu'on lui en veuille de ne pas nous avoir sauvé de nous-mêmes... de n'avoir pas été à la hauteur de nos attentes... mais qu'attendons-nous d'un père ? Au début, rien dont on ait conscience. A la fin, rien qu'il puisse nous donner, puisque notre attente est par essence générée par un manque, une absence, un vide, du rien là où il devrait y avoir quelque chose... Nous ne pouvons rien attendre de personne. Nous ne pouvons que donner, et recevoir, c'est tout. L'attente ne fait que détourner l'attention de ce qui est là, et doit être tout aussi bon à prendre, mais qui a un goût différent et qu'on ne reconnaît pas toujours pour ce que c'est... L'éternelle question des motifs... Tu as mal fait, c'est mal. Mais si tu as prémédité de faire le mal, c'est pire que si tu es tout d'un coup passé à l'acte sans y avoir jamais pensé auparavant... Si tu fais le mal, mais en ayant eu l'intention de bien faire, c'est que tu as fait une erreur de jugement, si tu l'avoues, si tu reconnais ta faute, alors tu es pardonné : tes intentions étaient pures, ton âme légère passe l'épreuve de la pesée et tu t'élèves... La reconnaissance de ses propres erreurs d'appréciation est la voie du progrès de l'homme vu sous l'angle de l'âme. Mon père et ma mère, ont tous les deux choisi les sciences physiques, et sont mus par la même foi du progrès. Ils ont tous les deux la rigueur et la force de travail nécessaire au dépassement de leurs conditions sociales d'origine. Ils ont trouvé le moyen de faire des études, et de trouver dans la société de leur époque, une place mieux considérée que celle de leurs parents. Ils ont de quoi penser que la méthode qui a été la leur, celle du "augmente encore un peu tes efforts et tu vas y arriver, tu n'es pas au maximum de tes capacités encore" est une méthode efficace. Certes, pour eux, ça a donné certains résultats, ils peuvent être fiers de s'être faits eux-mêmes sans l'aide d'un héritage culturel ou intellectuel. Si tu veux tu peux, tu n'as qu'à travailler. Derrière, toute une culture du mérite. Eux, ils se sont fait chier, alors ils ont toujours un pincement devant la chance que peuvent avoir certaines personnes de voir tomber sur leur tête une pluie de récompenses, qui à des yeux envieux n'ont, semble-t-il, jamais été payé d'aucun sacrifice... Certains auront tout et d'autres n'auront rien. Si quelqu'un vient demander de l'aide, on lui refusera. Et au mendiant, on volera sa dernière pièce, son dernier bout de pain. On prêtera à qui nous rendra, pas à qui n'a rien à donner. Toute mauvaise conscience bannie grâce à l'aumône, et à la charité, qui comme on le sait commence toujours par soi-même lorsqu'elle est bien ordonnée. Je ne fais pas l'aumône pour aider le mendiant, mais pour sauver mon âme : il faut que je puisse me considérer comme quelqu'un de charitable, car l'égoïsme est un vilain défaut ! Aidez ceux qui en ont visiblement besoin, si ça vous fait plaisir de vous priver pour les autres parce leur détresse vous coûte plus cher que votre petit sacrifice... pas pour vous donner bonne conscience... un type qui demande de l'aide, pourquoi ne pas l'aider ? Mêle-toi de tes affaires et que chacun s'occupe des siennes, et les vaches seront bien gardées... Comme on fait son lit, on se couche. Ma mère en connaît tout un paquet, que ça me serve de leçon. Chaque situation est l'occasion d'évoquer une loi fondamentale, d'apprendre la leçon de ce qu'on est en train de vivre. Ça t'as pas servi de leçon ? Question récurrente. Pas le droit d'échouer deux fois de suite sur le même truc, sinon on est traité de débile incurable qui ne comprendra jamais rien. Je suis depuis toujours sous cette pression du progrès, du mieux faire, de la nécessité de comprendre vite commencer résoudre les difficultés rencontrées. Quand, malgré tous mes efforts, je ne trouve pas de solution, parce que j'ai fait le tour, et tout essayé ce à quoi j'avais capable de penser, alors c'est l'horreur... car je suis sûre d'une chose, c'est bien d'avoir tout essayé, car quand je me lance vers quelqu'un d'autre pour demander de l'aide, et que j'explique ce que j'ai déjà tenté pour épargner le temps de mon bienfaiteur potentiel, pour lui épargner la charge de refaire tout le parcours, je me retrouve rarement face à un conseil auquel je n'ai pas déjà épuisé toutes les possibilités depuis longtemps... on bien, le temps que je prends à l'autre pour lui alléger le coût de l'aide que je lui demande, et bien ce temps-là déjà lui pèse, il lui tarde que j'en vienne au fait, et il ne désire plus m'aider, mais que je me taise... je me souviens de ce qui enfant, m'avait donné l'envie d'écrire : personne ne peut couper la parole à un livre, qui ne peut être que refermé sans lecture ou détruit, mais pas tué dans l'œuf parce que la coquille est trop petite et qu'elle sature... si j'écris au lieu de parler, il est certain que je n'aurai pas plus d'information sur la foi que je suis sensée apporter à mes propres réflexions, mais si je peux dire les choses à ma façon, en entier, en décrivant les liens que je crois déceler entre certaines choses, alors peut-être que si j'arrive à être suffisamment précise, quelqu'un d'autre pourrait en tirer profit dans sa propre quête, surtout si ce n'est pas la même... tout ce que l'autre montre de ses propres limites est une occasion d'en apprendre davantage sur les nôtres...

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Je crois avoir compris, mais on me dit que non

Lorsque je parle en mon nom, je dis JE. Mais quand je me parle, je dis TU, comme souvent je me surprends à le faire en parlant à autrui... Je parle aux autres comme je me parle à moi-même... Mais quand je parle de moi aux autres, il peut se trouver que je parle de moi à la troisième personne du singulier : quand je suis d'accord avec vous pour me qualifier d'idiote... Quelle conne ! Quelle débile celle-là ! Je me parle sans arrêt, mais depuis toujours, je ne suis pas limitée à mon propre point de vue. Je suis capable d'envisager un autre, et de le prendre suffisamment au sérieux pour l'adopter, l'espace d'un instant, pour me rendre compte... donc, je m'exprime en sujets variables selon l'usage ou la fonction dévolue au propos... si je dis ce que je pense ou ce que je ressens, si je m'exprime, alors j'utilise la première personne... si je me parle à moi même comme on conseillerait un ami, un frère, un proche dont on veut le bonheur, si je veux m'aider, me soutenir, m'auto-turorer... alors j'utilise la deuxième personne du singulier. Si je suis d'accord avec vous, que je pense que je dois donner de moi-même une bien piètre image, je me délivre de la menace de votre jugement en utilisant la troisième personne et en le faisant moi-même, épargnez votre peine, j'ai aussi intégré le point de vue de l'ennemi... je n'ai nul besoin d'aider pour sombrer, m'enfoncer plus bas que terre, vous n'avez qu'à attendre, vous n'avez pas besoin de pousser, si ? Je n'entends pas d'autre voix que la mienne, mais les intérêts que défendent ces trois sujets ne sont pas les mêmes... et il y a aussi bien sûr, en face de nous, les miens, c'est-à-dire le groupe auquel nous appartenons forcément vous et moi : les hommes. Non, pas toi, justement t'es une fille. Je ne voulais pas dire les mâles, mais les humains... Je trouve jamais le mot juste... Nous ne cherchons que l'amour, tous autant que nous sommes... et quand nous avons la certitude de l'avoir trouvé, il a autant de manière de se révéler pure construction mentale qu'il y a d'histoires d'amour dans une vie... même si ça dure, il ne sera pas tel qu'on le souhaiterait...

Je voyais bien, que j'étais une enfant difficile, et que je n'avais pas toujours raison dans les luttes qui m'opposaient à mes parents par exemple. Je voyais parfaitement bien mon ego en action... j'aurais presque pu en faire le portrait... qu'il était laid, à ce moment-là, qu'il était primaire ! Je n'avais que des ennemis ou des amis, car je ne comprenais que deux états : ouvert et fermé, c'est-à-dire d'accord ou pas d'accord, et tout ça mélangé, pour faire de l'ouverture des autres à mon égard l'objet principal de ma quête... (permettez-moi d'être l'imperfection que j'ai conscience d'être, sans me le faire payer de votre jugement dépréciateur quotidien). Que j'aurais aimé tomber en accord avec les autres (quitte à devoir faire moi-même tous les sacrifices et tous les efforts) ! Jusqu'ici, mon but principal n'aura été que de me faire accepter et aimer telle que je suis, exactement comme tout le monde.

Quel est le problème principal ? Le premier nœud ? Le noyau autour duquel mon ego s'est construit, dévorant tout sur son passage, c'est cette difficulté qu'a eu ma mère à m'aimer. J'ai toujours senti qu'elle ne m'aimait pas, et que mon père m'aimait plus. Mais il ne m'aimait pas mieux. Ma mère faisait presque tous les gestes qu'on doit faire, elle a été une très bonne mère et m'a même allaitée un temps. Mais son étreinte rare et un peu émotive m'agaçait : je n'y voyais que gestes professionnels, apport minimum recommandé de l'affection via contact physique... l'expression de l'idée qu'elle se faisait de ce qu'une mère se devait de faire. Et j'aimais pas ça, qu'elle fasse semblant, qu'elle nie la réalité de son manque d'amour, qu'elle me juge paranoïaque... Tout le monde te déteste, me disait-elle, c'est bien connu ! Et en fait, j'avais raison... elle s'en est aperçue plus tard et me l'a avoué... était-ce bien nécessaire de me mentir sur ses sentiments ? Double Bind. Conséquence directe : si ce que je crois percevoir dans une situation est jugé comme une erreur d'appréciation, alors je dois faire attention à mon propre jugement... me méfier de moi-même et de ce que je crois comprendre... dés lors, en effet, je deviens dépendante de l'avis des autres pour me situer... Je suis devenue mon propre tuteur, j'ai mis en route une enquête, je me suis observée penser... Je n'avais pas de critères pour savoir si mes intuitions étaient exactes... les questions que je pose aux autres ne sont finalement que des dérivées d'une seule et même question : est-ce que j'ai raison ? qui signifie est-ce c'est ça, est-ce que j'ai compris ? Je ne comprends toujours pas les choses qui semblent les plus évidentes aux autres... La seule réponse positive que je n'ai encore pas réussi à faire, c'est à dire "oui" quand on me demande si je suis sûre de moi. Je me débats depuis toujours avec des millions de détails sans lien les uns avec les autres, et dont je ne sais pas quoi faire. L'expérience a montré à de nombreuses reprises que je savais tout un tas de choses, sans pouvoir donner la réponse, faute de comprendre sur quoi portait la question... Je ne vois pas les choses à la même échelle...

Parlez-moi d'un arbre que vous voyez là juste ici à portée de vue : je ne vois pas cet arbre dont vous me parlez comme d'une évidence, mais je vois d'autres choses un peu différentes, certaines proches certaines plus lointaines, à différent stades de croissance, qui me semblaient correspondre à ce qu'on a l'habitude d'appeler un arbre... du coup, je ne comprends plus rien... vous n'en voyez qu'un ? les autres trucs ne sont pas des arbres ? si, mais ils ne sont pas là, puisque vous ne les voyez pas, et que vous êtes sûrs de vous... Putain de merde ! Quel arbre ? J'ai le nez collé sur l'écorce, je sens l'odeur de la sève fraîche, je cours pour m'amuser sur les racines comme des montagnes, je glisse dans le sol en suivant les racines, je remonte dans le tronc, je caresse chaque feuille, je sens chaque graine qui tombe vers son devenir-arbre... et au loin, des arbres il y en a pleins d'autres, que j'aperçois au loin, ou dont je devine la présence, sans la distinguer clairement... et puis il y a tous les arbres auxquels on peut penser... l'idée de l'arbre comprend tout ça, de quoi parlez-vous ? Et bien de l'arbre, de cet arbre que nous voyons ! Très bien, dites-moi à quoi il ressemble, que j'ai au moins une chance de l'identifier... Dialogue de sourds : nous ne parlons jamais de la même chose...

Je ne comprends pratiquement rien au monde dans lequel nous vivons, quand j'arrive enfin à m'arrêter là où il faut pour voir l'entité qui vous sert de repère, je me rends compte que j'avais compris depuis longtemps de quoi vous parliez et que j'étais passé par dessus sans même me retourner, sans reconnaître l'obstacle... mais votre certitude d'avoir isolé l'atome me fait toujours douter de ce dont j'ai l'expérience : ce que nous saisissons du monde de suffira jamais, car notre ignorance est proportionnelle à la quantité de matière sombre qui constitue plus des deux tiers de la masse théorique de l'univers... Comment être sûrs, nous autres humains, de quoi que ce soit de ce que nous croyons comprendre, alors que notre nature même limite nos expériences du monde et notre compréhension de ses lois naturelles ?

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Autorité vs Hiérarchie

Beaucoup de gens ont eu l'occasion de penser que j'avais un problème avec l'autorité, et je l'ai également longtemps cru moi aussi. Cependant, il m'est venu récemment à l'esprit que j'avais plutôt un problème avec la hiérarchie, car celui qui s'autorise à être autoritaire se sent légitime, et moi, j'ai du mal à distinguer dans les ordres qui sont donnés au nom d'un JE, et qui ne me demandent rien d'autre que d'obéir sans poser de questions, ceux qui sont légitimes de ceux qui ne le sont pas... Si quelqu'un me demande de faire quelque chose, je demande toujours pour quelle raison je suis sensée faire cette chose-là. J'ai conscience qu'un acte a des conséquences et je ne veux pas agir sans distinction, m'en remettre à la volonté d'un autre me semble potentiellement dangereux...

Conversation générique ancienne avec les parents : Pourquoi ferais-je ce que vous me demandez ? Pour vous faire plaisir ? Ça ne vous empêchera pas d'être mécontents de moi pour une autre raison, c'est sans garantie ! Parce que vous êtes mes parents et que c'est votre volonté ; comme je suis votre fille, et que les enfants doivent obéir à leurs parents, je dois me plier à vos désirs, et bien non ! Et si moi, j'ai aussi, malgré mon état d'enfant et mon devoir d'obéissance, une volonté bien à moi, et que je ne peux pas ne pas me demander en quoi ça va me profiter à moi, de faire ce que vous me demandez de faire ? Et si je n'ai pas envie de faire ce que vous me demandez ? Et c'est assez simple, je n'ai qu'à ne pas le faire : et c'est ce que vous appelez désobéir. Et si j'affirme ma résistance à un ordre que je reconnais pas comme légitime en refusant d'agir, tête de mule ? Tête de lard. Tête de cochon. Tu y mets de la "mauvaise" volonté, ma parole ! Phrase entendue maintes fois...

La volonté est-elle bonne ou mauvaise en dehors du couperet du jugement ? Le regard des autres, justement, n'est qu'un instantané, un cliché... auquel nous devons nous soumettre pour qu'ils puissent nous reconnaître... Conformons-nous à l'image qu'ont de nous ceux que nous fréquentons : nous n'avons aucun pouvoir, quoi que nous fassions pour jouer le rôle dans lequel ils nous ont intégrés dans le système de leurs pensées... Quand on vous donne un rôle dans un film, il est rare qu'on vous laisse créer totalement le personnage : il y a toujours un script qui limite les possibilités, si la fille doit être laide ou antipathique, ou incompétente, c'est une donnée impossible à modifier... Quand on ne vous propose que des rôles de merde dans les films de la vie des autres, et que vous n'avez que le second rôle dans votre propre vie, on comprend pas très vite que tout cela ne dépend pas seulement de notre volonté. Même polie sous des années de remise en question et de changements d'attitude, devenue "aimable" avec tout un chacun, "aimant" a priori "tout le monde", c'est-à-dire en respectant l'humain dans chacun, je ne réussis pas à me faire aimer de quelqu'un qui dés le début ne me sentais pas... Maintenant, je tiens le rôle de la cinglée de service, après celui de brebis galeuse ou de vilain petit canard... et celui de bouc émissaire, qui me colle à la peau depuis toujours, puisque moi, je suis un aiguillon : je crève les abcès par charité quand j'en prends conscience, pour rendre service à long terme. Même si tout le monde ne peut que m'en vouloir, parce que viens de faire quelque chose qui provoque un gros bordel chez eux, qui remet en question des choses, qui fait souffrir, bref, j'ai du mal à ne pas foutre la merde partout où je me trouve... Mais je dois le faire à tout prix car je sais ce qui pourrait advenir sans ça, et je me sentirais coupable...

Un sentiment d'hyper-responsabilité domine : si je suis consciente de l'existence d'un problème, alors j'en suis responsable, il me revient le devoir de tenter d'agir pour y remédier, non ? Si vous vous promenez seul au bord de l'eau, il n'y a personne à des kilomètres à la ronde, et vous apercevez dans l'eau une personne en train de se noyer... pouvez-vous sans crainte de remords, passer votre chemin sans intervenir ? Je ne peux pas. Il faut que je fasse un truc, sinon ça va me torturer... C'est là que se situe mon problème avec l'autorité... j'ai du mal avec la hiérarchie des choses... j'ai du mal à comprendre ce qui fait que la mort d'un roi a plus de valeur que celle d'un gueux... ou celle d'une fleur ou d'une mouche... mais je ne suis pas fleur bleue j'ai des ennemis : des phobies plutôt... comme les animaux rampants, mous, ou qui se présentent en amas grouillant... il y a des choses face auxquelles j'ai tellement peur — c'est-à-dire en face desquelles je me sens totalement démunie de possibilité de survivre en tant que ce que je suis, ma fin en quelque sorte, ma limite intrinsèque, ma limite d'incompétence (les portes que je ne peux pas ouvrir, les lits sous lesquels je ne peux pas allez voir, le noir, etc.) — que je me paralyse, et mon corps est agité de spasmes et de tremblements tellement vifs que mes mâchoires s'entrechoquent à grand bruit... c'est ça l'angoisse... ça n'a rien à voir avec une "boule" dans la gorge ! J'ai peur parce que je ne sais pas quoi faire, et que je suis donc certaine qu'en agissant dans cette situation, je m'en remets au hasard ou au miracle, et que dans ce domaine, je suis du genre "pas-de-bol", et que je vais échouer d'une manière quasi certaine, au vu des probabilités... Pourquoi le faire ? Pour vaincre la peur, parce qu'il n'y a aucun "monstre" dans le placard ? Mon expérience est toute autre : chaque fois que je lutte contre ma peur et que je me force à faire quelque chose qui m'angoisse à l'avance, je me retrouve dans une situation bien pire que celles des multiples prévisions, toutes plus pessimistes les unes que les autres, que j'avais pu faire. Je me sens aujourd'hui très proche d'un personnage tragique comme celui d'Œdipe qui commet le pire des crimes en cherchant à l'éviter. On lui prédit un avenir sombre, un destin de meurtrier, la chute et l'Hadès : jeune adulte, il part sur les chemins pour ne pas se trouver en situation d'assassiner celui qu'il croit être son père, mais qui n'est qu'un père adoptif, et rencontre un vieil homme à un croisement avec lequel il se querelle, et auquel il retire la vie, avant d'épouser sa femme, et de lui donner des enfants. Ce n'est qu'une fois la prédiction de l'oracle totalement accomplie, qu'Œdipe prend connaissance de son crime, et tout le monde sait que sa réaction est de se crever les deux yeux... Il n'y a pas de crime plus lourd à assumer que celui dont on commençait à l'avance la probabilité, car nous n'avons pas pu prouver par nos actes notre bonne volonté, mais notre désir d'éviter à tout prix la faute nous a fait faire ce que justement nous nous savions incapable d'assumer la responsabilité aux yeux des autres hommes, aux yeux des dieux, et surtout à nos propres yeux. Nous voulons bien faire, et parce que nous prévoyons un malheur et ses conséquences pour notre image du moi, les souffrances morales qu'il va causer, nous nous sacrifions et nous nous efforçons de ne pas devenir ce monstre qu'on nous promet de devenir... et nous le devenons... car nous sommes jugés, quoi qu'il en soit, par l'un ou par l'autre...

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Je suis officiellement malade

Je me sens maintenant bien plus mal qu'il y a quelques mois. Tout le monde autour de moi s'accorde à me trouver malade de l'esprit. La pharmacienne, avant hier. Le médecin, hier. Mon ami voudrait que je prenne les nouveaux médocs... il m'a dit qu'il trouvait que je donnais aux choses insignifiantes, une importance douze fois trop grande. Quelle solitude : absolument tous les êtres avec lesquels je suis en relation pensent que j'exagère !

J'ai sans doute basculé. Je me sens perturbée sur le plan émotionnel, c'est vrai. J'exagère toujours tout, comme me le reproche sans arrêt mon père, c'est vrai aussi. Mais c'est fait exprès. C'est une manière de poésie... Plutôt que de dire des faits, j'évoque des extrêmes, des devenirs-quelque chose, des tendances virtuelles de ce qui est... Si j'ai le sentiment d'avoir attendu longtemps quelque chose, on peut me surprendre en train de dire que j'ai attendu "quinze ans"... Tout le monde sait que c'est faux, que c'est une image... pour dire que j'ai trouvé ça infiniment long, et que je me suis faite clairement chier un bon moment. Mon père est amoureux des faits et de leurs détails. Par ailleurs, il est myope. Je n'ai pas d'autre trouble de la vision qu'une légère paresse de l'œil droit, qui me m'a obligée à porter des lunettes que trois ou quatre ans en tout dans ma vie, mais je pense-taupe, et c'est bien pire. Les petits tas de terre fraîche que je fais à la surface ne sont que taupinières sur la pelouse verte du monde entretenu de la société. Les poussées qui les provoquent, arrivent de trop loin, sans rien voir de ce qu'elles provoquent, là où leur avancée aveugle les amènent, malgré elles, à pénétrer la membrane du sol qui séparent leur monde de celui des humains, où elles ne se manifestent jamais sous une autre forme que celle d'un dégât dans le jardin... d'une dysharmonie... une menace terroriste... le prémisse du chaos, peut-être...

Depuis que les réseaux ont envahis nos vies, vous êtes ce que vous êtes partout où vous allez... Votre dossier virtuel vous précède... Le médecin traitant a toutes les informations sur votre visite chez l'O.R.L. par exemple, ou votre pharmacienne lit dans son ordinateur qu'on vous prescrit des anxiolytiques et des antidépresseurs, et elle vous explique que vous n'avez rien qui vous gène dans la gorge, que c'est une idée que vous vous faites, ce qu'on appelle une boule d'angoisse... merde... votre médecin ne vous ausculte même plus : il augmente votre dosage d'anxiolytiques ! Tout ce que vous vivez est placé sous condition de la maladie anxieuse, interprété comme une de ses conséquences : rien de ce que vous dites sur vous-même n'est plus entendu que comme un symptôme de la maladie... vous n'avez rien de grave nulle part, c'est parce que vous vous inquiétez trop de ce que vous pourriez peut-être avoir que vous provoquez des symptômes qui n'ont pas de cause physique... On le sait depuis longtemps ! Spinoza disait déjà que les émotions et les sentiments sont les deux faces d'un même phénomène, dans lequel il n'y a pas de hiérarchie temporelle ou de causalité. Les neurosciences ont montré que la décision consciente de passer à l'acte, c'est-à-dire de faire tel ou tel geste, suit le début de l'activité musculaire et ne la précède pas. Ce n'est pas la conscience, ou la volonté qui nous dirige, elles ne sont que des reflets, des réflexions d'autres processus qui se déroulent dans un autre langage... Il a été démontré que les hallucinations visuelles et sonores déclenchent les mêmes processus cérébraux que les perceptions réelles, notre conscience ne saurait être en mesure de les distinguer.

Or, il y a donc des perceptions de dysfonctionnement physique qui arrivent à la conscience, mais nous ne pouvons pas savoir sans l'aide d'autrui — confirmation de la réalité du phénomène : est-ce que tu ......... toi aussi ? Est-ce que tout cela est bien réel ? La réalité est un consensus sur lequel les êtres humains s'accordent. C'est une norme. Si j'affirme être en prise avec un problème que la majorité des hommes ne rencontre pas, alors, je suis hors-norme, du coup je ne ne suis pas dedans... je suis donc à l'extérieur, à la marge : une marginale. Si on reprend simplement le terme de norme utilisé au début, et que pour exprimer ce qu'on vient de mettre en évidence, on lui adjoint un a privatif, alors, je suis une anormale... Et franchement, je n'avais jamais vu les choses comme ça... Ça fait un choc quand même... Je me suis certes toujours sentie "différente", mais même si mes tentatives incessantes de devenir comme-tout-le-monde n'ont fait que m'éloigner davantage de cette possibilité, j'avais cru comprendre que c'était le lot de tout un chacun... et que dans le fond, nous autres êtres humains, nous étions tous faits pareils, tous construits sur le même modèle : c'est-à-dire persuadés d'être au centre d'un monde qui nous est étranger... différents et incompris, mal-aimés de ceux qui nous entourent... Et quand, finalement, c'est vrai ? Quand ce qu'on a toujours soupçonné, je veux dire le fait qu'on soit différent des autres, se confirme, quand tous vous renvoient l'image d'une maladie de l'esprit ? Parce qu'en ce moment j'ai besoin de faire du tri et de la place dans mes affaires, du coup, c'est momentanément un peu le bordel, et très soutenu au niveau du rythme des modifications, car il y a beaucoup de vieilles merdes inutiles à nettoyer et à classer, et que je suis pressée de devenir quelqu'un d'autre, donc, il faut changer de système... Et avant de modifier quelque chose dans un système, si on ne veut pas que tout s'écroule comme un château de cartes, ou s'effondre comme un château de sable, il vaut mieux étudier un minimum le terrain, et faire la liste des fragments identifiables dans le camp de fouilles... avant de reboucher et de construire autre chose. C'est impératif, sinon... Dans certaines villes on voit parfois des maisons s'enfoncer soudainement dans une grotte souterraine, un vide sur lequel elles avaient parfois tenu plusieurs siècles... Bon. Il ne faut pas se précipiter, n'est-ce-pas ? De toute façon, maintenant que c'est fait, que je suis officiellement "malade de la tête", il n'y a plus rien qui presse puisque je n'ai plus aucune chance de ressortir de cette catégorie aux yeux des gens dans l'esprit desquels cet a priori a fait son lit...

Je me souviens d'un homme dans le film "La moindre des choses" de Nicolas Philibert qui s'approchait de la caméra, vers la fin du film, et donnait le conseil suivant : Ne parlez jamais de votre santé avec un médecin ! Je ne sais trop à qui il s'adressait, si c'était à la caméra ou au caméraman, ou même à nous, à moi, spectatrice du film... Je sens aujourd'hui à quoi il faisait allusion... Je me sentais depuis longtemps un peu frustrée par mes rapports avec les médecins, à tel point que j'avais renoncé à choisir un médecin traitant jusqu'à récemment, bien obligée par les circonstances... Aujourd'hui, je sais que c'est fini de ce côté-là : tous mes symptômes physiques seront interprétés en tant que délires hypocondriaques ou maladies psychosomatiques... il ne sert plus à rien d'en parler à un membre du corps médical, ou que ce soit, puisqu'ils sont tous plus ou moins reliés... ou pourraient l'être... J'ai lu dans le code de la sécurité sociale qu'en Affection de Longue Durée, le patient s'engage à prendre le traitement prescrit, et à se conformer aux directives des médecins... C'est dangereux, parce qu'on ne sait rien des compétences de ces gens et pour ma part, je doute de plus en plus de leur capacité à m'aider, pour de simples questions de temps ! Les séances chez le médecin sont limitées en durée — ils faut bien qu'ils gagnent leur vie, comme tout le monde ou presque, ils sont payés à l'heure. Généraliste quinze minutes vingt-deux euros, rendez-vous le lendemain ou le jour même en urgence. Gynécologue super qui prend le temps humain qu'il faut : du coup on attend presque toujours trois quart d'heure ou une heure dans la salle d'attente, vingt-huit euros, rendez-vous dans les quinze jours ou le mois, mais elle est âgée malheureusement. Psychiatre trente minutes tarif ultra variable — j'ai vu une interne à l'hôpital deux fois en janvier, qui pour le moment ne m'a rien coûté puisque l'hôpital n'a pas envoyé la facture... j'ai vu un psy trois fois l'année dernière en hiver, à quarante-deux euros et un autre au printemps deux séances à soixante-quinze euros, remboursé une fois cinquante-quatre euros, et la seconde fois trente-deux euros et trente cents. Là j'arrête tout : c'est du foutage de gueule manifeste en plus de l'accueil de la deuxième visite avec un "Alors, vous êtes quand même revenue ?" que j'ai aimé moyen... Je verrai quelqu'un d'autre dans une dizaine de jour à la MGEN, je n'ai aucune info sur le tarif... Le truc qui est sûr, c'est que mes problèmes durent depuis tellement longtemps qu'ils ont atteint un niveau de détails gigantesque et les gens que je rencontre n'ont pas la place pour moi... Même en doublant la durée d'une séance, je n'arrive pas à dire ce que je voulais, ce que j'avais préparé... Je ne me sens plus frustrée... je me sens trahie et totalement isolée : je déconne... mes problèmes débordent partout, et m'ont engloutis... Je suis un iceberg, je flotte très difficilement à la surface aujourd'hui. J'alterne les humeurs rapidement, j'hésite entre des radicalités... je grelotte et je m'enfonce d'amertume en profondeur : je me pèse comme un boulet de plomb dans le ventre... ou bien j'étouffe, je bouts à l'intérieur et ma peau suinte, je fonds : je m'étiole, je diminue de volume, je remonte vers la surface lentement, je me plume, mais peu à peu je me dilue dans les vapeurs de ma propre suée et je me sens disparaître un peu plus, mais c'est bien... la légèreté, ça soulage un peu...


Posté par In Bereshit à 09:10 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Rentrée : sans moi

C'est la fin de l'été, déjà la rentrée des classes... Je ne me sentais pas concernée. Pour la première fois, les premiers reportages du 19-20 sur la rentrée anticipée diffusés depuis la mi-août, ne me gâchent pas les "vacances". Je ne suis pas en vacances : je suis malade. Je ne pourrai pas retourner au lycée... Appel du proviseur-adjoint huit jours avant la date de rentrée des professeurs. Je dormais. Mon ami a pris l'appel et m'a transmis le message. Il s'agissait de dire si je reprenais ou non mon poste à la rentrée. Je devais rappeler dans la demi-heure... Mais mon ami ne pas réveillée, après, il était trop tard. J'ai donc envoyé un mail le lendemain matin à la secrétaire, pour signaler que je ne pourrais rien leur dire avant d'avoir revu mon médecin, pas de mail en réponse, mais pas non plus de nouvel appel au téléphone : le message a dû passer...

Hier, visite chez le médecin anticipée de quelques jours parce que je me suis fais mal au ventre en toussant : petite élongation du muscle transverse de l'abdomen. Ce n'est pas très douloureux, mais il faut faire attention à ne pas brusquer le muscle pour qu'il se répare correctement... Il m'a remis un mois d'arrêt... et des anxiolytiques plus fort pour quelques jours seulement, dit-il. Des trucs apparentés aux benzodiazépines, avec un dosage d'un milligramme, posologie progressive sur cinq jours avec une acmée à trois cachets dans la journée. Ça fait peur... Déjà que je ne prends plus les antidépresseurs que je suis sensée prendre depuis plusieurs mois, ni les anxiolytiques, d'ailleurs. Les antidépresseurs, j'ai essayé pratiquement trois mois avec un cachet par jour, mais pas d'effet. Je l'ai dit au médecin : résultat posologie à un cachet et demi par jour. Je ne l'ai pas fait. J'essaye justement de sortir de cette manie de la surenchère d'engagement dans des solutions manifestement inadaptées... Il ne faut pas insister ! Si ça ne marche pas, ça ne marche pas, merde !


Posté par In Bereshit à 07:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]